« La nature, c’est la classe ! » : reconnecter les enfants à la nature

 

Ce projet est financé par :

         fondation-ND-H-2013-quadri (L’Union européenne soutient ce projet à hauteur de 59 099,60 €)

 

Ce projet est également soutenu par :

L-academie   

 

 

Partant du constat établi par le syndrome du manque de nature (1) et s’appuyant sur d’autres expériences déjà menées avec des publics scolaires – dont certaines par des associations membres de son réseau – l’Ariena s’est lancée en 2016 dans un nouveau projet intitulé «  la nature, c’est la classe ! ».

Les ambitions de ce projet sont claires : il s’agit de permettre aux enfants de découvrir leur environnement, d’en tirer différents apprentissages individuels (scientifiques, créatifs, moteurs, etc.) et collectifs (coopération, etc.) en les emmenant dehors de manière régulière, tout au long de l’année, et ce quelles que soient les conditions météorologiques. Pour les réaliser, des enseignants et éducateurs volontaires sont accompagnés, pendant plus d’un an, par un animateur salarié d’une association d’éducation à l’environnement membre du réseau Ariena.

 

Des activités libres dans un espace naturel dédié

 

Les sorties régulières dans la nature se sont mises en place progressivement dans les différents lieux d’expérimentation. Les sites fréquentés chaque semaine, ou deux fois par mois selon les cas, diffèrent : certains groupes ont investi un coin de forêt, d’autres une prairie, un jardin, un espace vert. Des aménagements y ont été réalisés, comme les incontournables cabanes, mais aussi des canapés forestiers pour se regrouper, des coins toilette, des « espaces motricité » réalisés à partir de souches, de troncs couchés au sol, etc. Ces « coins nature », que les enfants voient évoluer au rythme des saisons, sont toujours situés à proximité de l’établissement fréquenté : cela permet d’y accéder facilement et de faire prendre conscience aux enfants que la nature n’est jamais bien loin de chez eux.

 

Les enfants ont aujourd’hui l’habitude qu’on organise tout leur temps et sont ainsi de plus en plus dépendants des adultes pour entreprendre une activité, pour apprendre, pour jouer, pour découvrir. L’un des objectifs du projet est d’accorder une place plus importante aux temps durant lesquels l’enfant évolue librement dans la nature, dans un cadre non dirigé par l’adulte (cadre dont l’enfant ne bénéficie pas forcément dans le contexte familial, alors que ces moments sont pourtant essentiels à sa construction, à son épanouissement). Ce cadre pédagogique, qui peut être déstabilisant au début, donne à l’enfant l’occasion d’être acteur de ses propres apprentissages : il apprend selon ses besoins, ses envies, les sollicitations de son environnement (du milieu ainsi que des personnes qui l’entourent), à son rythme, tout en ayant la possibilité de prendre de la distance vis-à-vis de l’adulte.

 

Une séance peut se dérouler de différentes manières. En voici un exemple :

  • En début de séance, chaque enfant partage avec les autres son humeur du jour et exprime ses envies.
  • Les enfants ayant exprimé une envie se lancent dans leur activité, avec du matériel à disposition (ex : loupes et autre matériel pour observer la nature, outils de jardinage pour creuser, couper, des livres pour rêver ou trouver des idées d’activités, etc.). Tout au long de la séance, les adultes sont à leur disposition pour les accompagner dans leurs projets, dans leurs découvertes, si les enfants en expriment le besoin.
  • L’encadrant peut proposer une nouvelle activité de découverte de la nature à ceux qui le souhaitent, et notamment aux enfants qui ne savent pas quoi faire.
  • En fin de séance, un nouveau temps de forum permet à chacun de partager son vécu, son ressenti, ses découvertes du jour et éventuellement ses envies pour la prochaine séquence. Cela permet d’organiser la prochaine sortie, en préparant par exemple le matériel adapté aux besoins exprimés par les enfants.

 

Faire évoluer les pratiques éducatives

La mise en place de cette démarche pédagogique basée sur le « jeu libre » pousse les enseignants, les animateurs de périscolaires, éducateurs et animateurs nature concernés à se questionner sur leur rôle en tant qu’observateur/accompagnateur/facilitateur. L’intérêt du projet est bien là aussi : faire évoluer l’encadrant dans sa pratique et observer l’impact de la démarche sur le comportement des enfants, sur l’acquisition de compétences et de connaissances.

Pour les accompagner dans cette expérimentation, des temps sont organisés de façon régulière qui permettent aux différents acteurs de se retrouver. Lors de ces travaux en groupe, chacun peut exprimer son ressenti sur le projet, les réussites, les difficultés rencontrées. Les échanges favorisent la prise de recul sur les différentes situations vécues et la recherche de solutions et d’idées pour mieux accompagner les enfants dans la découverte du milieu naturel. Ces temps collectifs permettent à chaque encadrant de se sentir soutenu dans cette démarche expérimentale. Une journée de formation, complémentaire à ces travaux de groupe, a également été organisée avec Sarah Wauquiez, enseignante, psychologue et pédagogue par la nature, pour bénéficier d’une expertise extérieure.

Enfin, différents documents pédagogiques sont produits tout au long du projet pour accompagner les participants. L’un de ces outils a été élaboré avec les conseillers pédagogiques en sciences et développement durable et met en évidence les liens entre les programmes scolaires des cycles primaires et toutes les activités ou situations pouvant être mises en place dans un espace de nature.

 

 

Une phase d’adaptation nécessaire pour les enfants, les parents, les éducateurs

 

Au démarrage des projets, il a fallu un certain temps aux encadrants pour qu’ils prennent leurs marques, s’approprient l’espace naturel, qu’ils observent les animateurs nature en situation et qu’ils échangent avec ces derniers. Ces étapes sont nécessaires pour instaurer une régularité dans les sorties et mettre en place ce cadre pédagogique plus libre et très différent des méthodes habituellement employées. Certains groupes sortent maintenant sans que l’animateur nature soit présent. Les enseignants et les éducateurs poursuivent les réalisations et les activités mises en place lors des précédentes sorties avec l’animateur ou se lancent dans de nouveaux projets.

Même si certains enfants ont parfois montré quelques signes d’appréhension lors des premières séances en raison du changement du cadre habituel et rassurant de la classe, leur enthousiasme est palpable et motivant.

Du côté des parents, le projet a été plutôt bien accueilli. Quelques inquiétudes sont parfois exprimées, notamment sur le fait de laisser les enfants sortir dans la nature alors que la météo n’est pas très clémente. Les vêtements sales et les risques de morsure de tiques font également partie des appréhensions régulières des parents. Ces risques sont mieux acceptés au fur et à mesure du projet et lorsque les parents comprennent de quelle manière les séances se déroulent concrètement.

Premières observations et perspectives

Afin d’évaluer en quoi les séances passées dans la nature influent sur l’acquisition de compétences par les enfants (en termes d’autonomie, confiance en soi, coopération, inventivité, concentration, etc.), les enseignants, animateurs et éducateurs ont élaboré collectivement des grilles d’observation qu’ils renseignent à chaque séquence.

Les premières observations montrent une évolution encourageante des comportements. En voici quelques exemples recensés parmi les différentes expérimentations :

  • Les enfants montrent plus d’attitudes de coopération et d’entraide vis-à-vis de leurs camarades pendant les temps dans la nature et de récréation.
  • Certains enfants s’expriment avec des phrases plus élaborées que lors des premières séances : ils sont capables de mettre des mots précis sur leurs expériences vécues et d’exprimer leur ressenti.
  • Au niveau de la motricité, un professeur de gymnastique, qui ne participe pas directement au projet, a remarqué l’évolution positive des enfants comparée à d’autres classes moins agiles. Beaucoup moins de chutes sont également constatées.
  • Les enfants sont plus autonomes et réclament moins l’assistance des adultes.

La fin de l’année scolaire 2017-2018 marquera l’arrêt des accompagnements pédagogiques par les associations. Ce ne sera pas la fin de cette démarche originale pour autant car le but de cet accompagnement est bien de faire en sorte que les projets se poursuivent, de façon autonome, dans les différents établissements.

Un guide pédagogique et méthodologique sera rédigé avec l’appui des différents acteurs du projet et mis à disposition, fin 2019, de l’ensemble de la communauté éducative. En espérant que cette expérimentation inspire d’autres démarches de ce type, ou des nouvelles, peut-être dans d’autres contexte encore.

 

 

(1) Ce syndrome, reconnu et décrit dans de nombreuses publications scientifiques, constate que la plupart des occupations ont lieu à l’intérieur (bâtiments ou véhicules). Ce déficit de contact avec la nature est responsable de troubles du comportement et du développement chez les enfants ainsi que chez les adultes.

Pour toute question relative aux programmes pédagogiques avec les scolaires, merci de contacter :

Guillaume SIMON
Tél : 03 88 58 38 47
Courriel : guillaume.simon@ariena.org